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Guillaume Long – Auteur de « À boire et à manger » – première partie

Du 14 au 17 septembre a eu lieu le festival BD-FIL à Lausanne. Ce « festival suisse de bande-dessinée à vocation européenne » organise chaque année plusieurs expositions avec des thèmes différents. Cette année, la cuisine est à l’honneur. C’est à cette occasion que nous avons pris contact avec Guillaume Long, auteur de bande-dessinée. Depuis 2009, il publie des notes parlant de bouffe (comme il le dit) sous forme de bande-dessinée sur son blog À boire et à manger.

Pendant que nous travaillions durant cet été à la création du site de Dans ta cuisine, nous avons appris qu’il serait présent à Lausanne en tant qu’auteur et participant à l’exposition « La cuisine ». Nous en avons profité pour lui poser quelques questions qui nous taraudaient…

Bonjour Guillaume. Tu as participé à l’exposition « La Cuisine » de cet édition de BD-FIL 2012. Est-ce toi qui t’es proposé ou est-ce le festival qui contacte les auteurs ?

Non c’est eux qui viennent vers les auteurs. En fait, ils font des travaux de commandes chaque année et les années d’avant, c’était des thèmes différents comme sur les allumettes, sur l’eau, sur les notices de sécurités pour les avions, etc… Cette année c’était la cuisine et comme je connais bien Philippe Duvanel, qui est le directeur (ndrl : de BD-FIL), je me suis dit que je voulais m’inscrire là-dedans ; j’étais à fond la caisse. Et après c’est moi qui lui est proposé de faire la couverture (ndrl : de l’exposition), mais ce n’est pas du tout un projet qui a été initié par moi.

Avant de continuer, peux-tu nous présenter ton parcours ?

Vous voulez savoir comment je suis devenu illustrateur ? Alors, en fait, je n’ai jamais eu dans l’idée de faire de la BD. Au départ, je voulais faire de la vidéo. J’étais aux Beaux-Arts à St-Etienne et j’ai eu un enseignement dans la vidéo ; je faisais donc du montage. Et je me suis retrouvé à la fin de mes études à travailler pour une chaîne de télé locale, à faire des reportages sur la « Fête du Saucisson » ou des machins complétement inintéressants. Je suis venu à la BD parce que j’avais envie de faire de la fiction. [On est interrompu par le serveur qui nous amène nos boissons. Guillaume a essayé de nous faire offrir la note en nous faisant passer pour des reporters de RTL. Peine perdue.]

Donc ce qui me motivait, c’était de faire de la fiction et, comme j’aimais bien la bande-dessinée, j’en ai fait une par hasard dans mon coin, parce qu’aux Beaux-Arts on n’a pas le droit de faire de la bande-dessinée. On était considéré comme nul : il ne fallait pas en faire ! Je l’ai fait dans mon coin et je l’ai envoyée à des maisons d’édition un peu comme ça et y en a une qui m’a répondu. J’ai donc commencé à être édité. J’ai aussi gagné le prix Töpfer qui est un prix genevois en 2003 et, comme c’est doté d’une bourse, ça m’a permis de m’aider pour me lancer. Après, j’ai fait de l’illustration jeunesse pour des magazines comme « Je Bouquine », « J’aime lire » ou « Phosphore ». Puis j’ai continué mes bandes-dessinée. Je répartis mon temps entre BD et illustration et j’avais depuis très longtemps dans l’idée de faire un grand livre sur la cuisine, sauf que dans ma tête c’était un truc genre de 1000 pages et je ne voyais pas du tout comment me faire financer par un éditeur.

Je suis venu par hasard dans le monde du blog en entrant en contact avec des gens du monde.fr. Finalement, j’ai fait des planches que j’ai adapté en blog et que j’ai réadapté en livre.

Donc l’arrivée au blog est un hasard; ce n’était pas un moyen de diffuser tes planches ?

Ouais, c’est un copain qui m’a fait rentré chez lemonde.fr. Mais j’ai continué à faire mes BD comme d’habitude de mon côté sauf que là, le thème c’est de la cuisine. Moi mon truc, c’est de faire des histoires très courtes, entre une et trois pages. Je ne me lance pas dans des projets de 100 à 120 pages où il faut gérer un scénario. C’est beaucoup plus facile pour moi.

Pour rester dans le thème des illustrations, on était hier à la soirée Culinaro-Dessinée au Bourg, organisée en marge du festival et on a discuté un moment avec Florian (ndrl : son nouvel ami) et Mickaël (ndrl : le chanteur de Angil and the Hiddentrack). Ils nous expliqué que l’idée de ce concert vient un peu de toi, mais comment est-elle arrivée ?

Flyer de la soirée culinaro-dessinée - © Guillaume Long

Oui oui, on voulait monter ce concert avec Philippe Duvanel depuis longtemps, parce qu’il sait que j’aime bien la bouffe et il sait aussi que j’ai l’habitude de dessiner en concert avec Mickaël ; ça fait trois ou quatre ans que l’on fait ça. En fait, j’illustre leurs pochettes de disques et on a trouvé une formule où, en général, ils sont sur scène, ils font de la musique et moi j’improvise en faisant des dessins dessus, mais c’est du dessin automatique. C’est-à-dire que ce n’est pas du tout comme on a vu hier où j’illustrais ce qu’il se passait sur la scène. Donc là c’était un exercice nouveau. […] On a monté ça avec une personne qui s’appelle Christophe Erwhein qui est le fondateur du festival Sismics à Sierre et il a trouvé un moyen simple d’aborder le truc ; c’est-à-dire complétement à l’arrache. Non je plaisante, car c’était vachement préparé quand même. Mais notre performance en tant que telle était complétement improvisée, c’est-à-dire qu’on a joué le samedi soir, mais la seule et unique répét’ c’était le samedi après-midi. On a eu plein de problèmes techniques. Par exemple, je devais dessiner sur une tablette tactile avec un stylo, ce qu’il fait que j’aurais utilisé plus de couleurs et la tablette n’a jamais voulu fonctionner donc on a pris une feuille et des crayons et pis voilà. Un retour aux racines !

On a trouvé dans tous les cas que le rendu était vraiment très bien ! On a mis du temps à réaliser que c’étaient des feuilles A3 ; on avait vraiment l’impression que les feuilles ne s’arrêtaient jamais.

Oui c’est ça : comme le blog finalement !

C’est exactement ça ! En tout cas, on ne savait pas trop à quoi s’attendre et le résultat en valait la peine ! En plus, ce qui était sympa, c’était l’interaction entre vous tous sur scène. Personne ne savait ce que tu allais dessiner et on les voyait se marrer !

Oui, mais c’était pas gagné ! En fait, pendant les répét’s, moi je n’ai pas pu dessiner, parce que ça sortait pas en vidéo et donc eux, ils ont répété entre eux, donc je voyais qu’ils étaient super au point, donc j’étais vachement stressé, car je me disais « mais moi qu’est-ce que je vais faire ? ». Vraiment ce que j’ai fait là… y a rien qui était préparé ! C’est-à-dire que j’ai vraiment inventé mes trucs. J’écrivais en direct, donc j’ai dû faire des fautes d’orthographe et des trucs comme ça, mais c’était très improvisé ! Et Mickaël, pendant les répét’, ce qu’il a fait comme musique, c’était complétement différent de ce qui est sorti sur scène. Il a fait des mélodies qu’on trouvait super, mais il a fait complétement autre chose, car Florian (ndrl : le cuisinier) a fait d’autres bruits qui ont inspiré d’autres choses, et voilà…et eux aussi ils ont travaillé tendu, car ils enregistraient les sons de cuisines, ils les bouclaient avec un logiciel en direct et après Mickael jouait par dessus. Ça aurait pu faire le gros bide aussi !

C’est vrai qu’avec la cuisine….on a vu Florian avec ses cheveux d’anges… Il n’avait pas l’air convaincu…

Il était dégouté…Ouais ça a foiré. Il a fait une petite boule, mais il voulait faire un truc énorme ! Il ne sait pas ce qu’il s’est passé, mais ça n’a pas fonctionné.

Pour en revenir au blog et à la BD, est-ce qu’il y a un lien que tu veux créer en particulier, que tu ne peux pas faire avec une « simple » BD ?

En fait la BD c’était dans l’idée d’avoir un livre à lire chez soi. J’ai beaucoup de lecteurs qui me disent – et ça me fait très plaisir – qu’ils mettent la BD dans leur toilettes. C’est un livre de toilette et je suis très content, car c’est l’endroit où on lit le plus ! [rire] Je voulais faire un livre de cuisine, mais que les gens ne sachent pas trop où le ranger ; qu’ils ne sachent pas s’ils doivent le mettre dans leur bibliothèque ou dans leur cuisine et c’est un peu ce qu’il se passe. Ça a l’air d’un livre de recette, mais les recettes sont assez approximatives, bien qu’elles soient justes. Je donne des idées de proportions plutôt que les vrais proportions. Avec le livre, c’était l’idée d’avoir une trace un peu plus facilement transportable qu’une tour d’ordinateur qu’on met sur un plan de travail.

En faisant un blog, ça laisse un certain lien entre l’auteur et les lecteurs. Au départ, était-ce recherché en faisant le blog ?

Oui, mes désirs les plus fous se sont réalisés. En fait, j’avais un blog avant qui s’appelait un café, un dessin, que j’ai arrêté depuis. C’était un carnet, où à chaque fois que je buvais un café, je me forçais à faire un dessin le temps que je le boive. Je devais avoir, je ne sais pas, 50-100 visites par jour sur le truc et les gens me laissaient des fois des commentaires, mais j’avais cette espèce de public qui était très restreint. En faisant A boire et à manger, je me suis retrouvé direct avec, au début, 5000 visites par jours et après, ça a augmenté à 10’000 et avec genre 50 commentaires ou 100 commentaire par note. C’était vachement bien ! On fait une histoire et on sait tout de suite si elle marche ! On n’attend pas que les lecteurs le disent en dédicace. Et le gros avantage, c’était que quand je faisais une recette et dès que je me lance dans des trucs spécifiques comme la recette des spaghettis carbonara ou de la soupe Miso, il y a toujours des spécialistes du Japon ou de la cuisine italienne qui vont dire des choses très précises, souvent sous un ton un peu pédant. Mais c’est marrant, car après ils se battent entre eux et ça fait un peu comme les banquets d’Astérix. Ca m’aide aussi pour m’améliorer en cuisine. Pour mon plaisir personnel à cuisiner.

À SUIVRE !

Retrouvez la fin de l'interview la semaine prochaine. D'ici là, allez visiter le site d'À boire et à manger, suivez-le sur Twitter ou encore allez aimer sa page Facebook ! N'oubliez pas de participer à notre concours pour le lancement de notre site où vous pouvez gagner une BD dédicacée d'À boire et à manger !

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